La nuit autour du thé

Il est 19 heures et le soleil s’empresse de se cacher derrière les collines de Bamako. Le signal est donné. Le muezzin lance un appel aux fidèles. C’est l’heure de la prière du soir. Tapis et chapelets en main, les vieux prennent le chemin de la mosquée tandis que j’arpente les petites ruelles. Direction le grin. Ces groupes de discussion autour du thé qui pullulent dans toutes les ruelles de Bamako.

Au loin, les phares des motos « djakarta » éclairent le petit kiosque de David. De petites lumières rouges scintillent et se passent de mains en mains. Chaque lèvre dépose sa part de salive sur la mèche de cigarette. Que les fumeurs sont solidaires. De temps en temps, la cigarette disparaît et réapparaît comme par magie. Ce tour de cache-cache est rythmé aux pas des personnes âgées.

Les mégots de cigarette finissent ensuite par terre, mourant près du feu qui leur a donné vie. Sur le fourneau, la théière trône majestueusement au milieu des charbons ramassés ça et là. L’eau boue. On y met le thé. C’est le départ pour une nuit de guinguin, c’est à dire de hibou. On nous surnomme ainsi parce qu’on ne dort jamais la nuit. Enfin, si, mais mais très tard la nuit ou très tôt le matin. C’est selon.

Le thé durait comme d’habitude sur le feu. C’est la particularité du « thé guinguin ». En attendant, les dos sont courbés et les regards plongés sur les écrans des téléphones portables. Parfois, les yeux décrochent des écrans pour accompagner du regard les silhouettes des jolies filles du quartier. Une longue discussion s’entame. Le thé est prêt. Il est temps. La voix du muezzin dissipe les bribes d’obscurité restantes. La nuit s’achève comme elle a commencé. Il est temps de dormir.

 

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