La défense, la (seule) force de la politique française au Sahel

Sahel armée française

Bamako accueille le 27ème sommet Afrique-France. Une rencontre qui sert de cadre d’échange entre les dirigeants africains et français. Une soixantaine de chefs d’entreprises prennent part aux discussions. Mais au-delà de l’économie les débats seront dominés par les questions de sécurité.

C’est là que le choix du Mali pour abriter un tel sommet prend tout son sens. C’est dans ce pays de l’Afrique subsaharienne que François Hollande a lancé sa première intervention militaire en Afrique. Une intervention militaire qui incarne aux yeux de la France la réussite de sa politique militaire au sahel. En février 2013, trois semaines après le déclenchement de l’opération militaire serval destinée à déloger les groupes terroristes au nord du Mali, François Hollande avait déclaré à Tombouctou :

« je viens de vivre le moment le plus important de ma vie politique ».

Plus que jamais les militaires sont devenus des acteurs majeurs de la politique française dans le sahel.

Le repositionnement de la France en Afrique

Les relations entre l’Afrique de l’Ouest et la France ont changé mais elles n’ont pas fondamentalement évolué. La France perd ses traditionnelles parts de marché tandis que l’Afrique est courtisée par les puissances émergentes. La Chine, la Turquie et l’Inde y investissent de plus en plus. La France veut se repositionner et retrouver sa place de partenaire privilégié. Raison pour laquelle un rapport avait été demandé par les autorités françaises lors du dernier sommet Afrique France en 2013, pour une nouvelle dynamique économique entre la France et l’Afrique.

Le rapport s’appuie sur 15 propositions. Même si la sécurité ne fait pas partie des points saillants, il va sans dire que ces propositions ne sont applicables sans un minimum de sécurité. Le développement et la stabilité sont liés. Comment se développer sans paix ? Et comment faire la paix sans perspective de développement ?

L’opération Serval a ensuite été remplacée par l’opération Barkhane. Cette opération va au-delà du Mali et s’étend sur tout le sahel (Mauritanie, Mali, Burkina Faso, Niger, Tchad). Soit environ 4.000 militaires français. Ces opérations visent à sécuriser le sahel voire à le stabiliser. C’est un argument de taille que la France fait valoir dans son package de partenariat avec l’Afrique. Pour être un partenaire de choix, il faut diversifier ses offres et les adapter au besoin du « client ». Si les pays émergents offrent beaucoup plus d’avantages économiques, il est clair que ces pays n’interviendront jamais militairement.

Le sahel, un juteux laboratoire à ciel ouvert pour l’armée française ?

Une armée qui ne s’entraîne pas s’affaiblit. Pour faire partie des meilleures, une armée doit être sur les vrais champs d’opérations. L’armée française a prouvé son efficacité au Mali à travers l’opération Serval, et l’opération Barkhane tend à pérenniser ce résultat dans tout le sahel. Ce bon résultat se ressent aussi sur l’économie de l’industrie d’armement française, dont les ventes d’armes ont doublé par an. Les pays du sahel n’ont pas de royalties sur ces ventes, mais bon, après tout la sécurité n’est-elle pas leur plus grand bénéfice ?

Dans l’émission cellule de crise – Mali: quand la France rentre en guerre diffusée sur France 2 , l’émission révèle (voir à la 27eme minute) qu’avant d’entrer en guerre, l’armée française signe un document pour disposer d’une marge de manœuvre conséquente pour les militaires. Un accord sur les statuts des forces militaires signé entre la France et le Mali précise les statuts juridiques des forces maliennes. L’article 9 du statut stipule que le Mali prend en charge la réparation des dommages causés aux biens et aux personnes y compris si ce sont des soldats français en sont à l’origine.

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Quand le réalisme militaire prend le dessus

Les qualités peuvent aussi être des freins. le réalisme militaire fait souvent fit des intérêts de plusieurs aspects. Dans un rapport récent, l’association française « survie » dresse un constat des cinq opérations militaires lancées par la France en six ans sur le continent africain. Selon ce rapport, François Hollande aurait ignoré les revendications d’alternance démocratique du peuple tchadien. Cela en soutenant un cinquième mandat pour Idriss Deby qui est à la tête du Tchad depuis 1990. Le Tchad est l’élément essentiel de la politique militaire française dans le sahel, la capitale N’Djamena abrite le commandement de l’opération Barkhane.

Au Mali, l’opération militaire Serval avait été accueillie par des scènes de liesse. Et cela pour avoir contribué avec l’armée malienne à mettre fin à l’occupation djihadiste. Mais les tensions entre Bamako et Paris se sont cristallisées sur la ville de Kidal, bastion des groupes rebelles. L’armée française est entrée dans la ville mais sans l’armée malienne. A l’époque l’armée française cherchait des alliés qui connaissent très bien la zone. En plus, a l’époque, le français Serge Lazarevic était encore détenu en otage au Mali. Le célèbre otage a été libéré en décembre 2014. Un accord de paix a été signé entre les groupes armés rebelles et le gouvernement du Mali. Mais il n’est un secret pour personne que les maliens ont encore des ressentiments contre la France pour cette alliance qu’ils considèrent comme une trahison.

Beaucoup de voix s’élèvent pour demander la fin de la présence militaire dans le sahel. Au regard des groupes terroristes qui sont encore puissant dans la région, on peut dire (sans risque de se tromper) que les militaires ont encore de beaux jours devant eux avec la politique française au Sahel.

2 Commentaires

  1. Informatif. Succinct. Analytique. Profond. J’ai aimé. J’ai appris. Merci Georges! Au moins on regarde les mêmes programmes et on lit quasiment les mêmes journaux (confer tes sources dans ton article)…

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